Des temples bouddhistes séculaires aux néons qui illuminent les nuits de Séoul, la coupe de cheveux coréenne n’a jamais cessé de se réinventer. Hier symboles de rang social et d’idéaux confucéens, aujourd’hui reflets d’audace et de créativité, les styles capillaires en Corée racontent, à leur façon, l’histoire mouvementée d’une société tiraillée entre héritage et renouveau.
origines et évolution de la coupe coréenne
Remonter le fil de la coupe coréenne, c’est plonger dans l’époque Joseon, où chaque mèche portait un message. Les hommes arboraient le sangtu, ce chignon relevé qui marquait leur passage à l’âge adulte et leur statut marital. Les femmes, elles, rivalisaient d’ingéniosité dans l’élaboration de chignons complexes, véritables œuvres d’art vivantes. Ces coiffures codifiées n’étaient pas que des ornements : elles affichaient la place de chacun dans la société, leur âge, leur rang, parfois même leur humeur.
Les coiffures traditionnelles à travers les dynasties
Chaque époque, chaque classe sociale, chaque moment marquant de la vie avait sa coiffure et ses accessoires. Voici un aperçu des styles et ornements qui ont jalonné l’histoire capillaire coréenne :
- Gache : ce postiche imposant, réservé aux femmes aisées et aux gisaeng, finit par être interdit sous les règnes de Yeong Jo et Jeong Jo, jugé trop extravagant.
- Jokduri : un couvre-chef délicat, prisé lors des grandes cérémonies et associé au wonsam traditionnel.
- Cheopji : accessoire de prédilection pour les femmes du palais, qu’elles soient reines consorts ou princesses.
- Daenggi : ruban coloré, signature des jeunes femmes non mariées pour attacher leurs cheveux.
- Binyeo et Dwikkoji : épingles à cheveux élégantes, pour maintenir et embellir les chignons sophistiqués.
Les chapeaux traditionnels occupaient aussi une place de choix. Le jang ot et le neoul venaient compléter les tenues et affirmer le raffinement de l’ensemble. Plus que de simples accessoires, ces objets étaient autant de marqueurs sociaux et culturels, porteurs de sens pour qui savait les lire.
L’impact de la modernisation et de la culture pop
Le XXe siècle a tout bousculé. L’arrivée des influences occidentales a métamorphosé la coiffure coréenne, introduisant coupes courtes et permanentes, loin des codes ancestraux. Mais le vrai bouleversement est venu de la culture pop. La K-pop, portée par des groupes comme BTS ou BLACKPINK, a transformé la coupe coréenne en phénomène mondial. Les idoles misent sur l’originalité : couleurs électriques, coupes inattendues, styles personnalisés. Les frontières s’effacent, les salons de coiffure s’adaptent, et la Corée du Sud impose sa signature sur la planète mode.
les coiffures traditionnelles à travers les dynasties
Chaque dynastie coréenne a forgé ses propres codes capillaires, témoignages de la richesse et de la diversité culturelle du pays. Sous Joseon, tout était question de règles précises, de rituels, de respect des hiérarchies et des moments de vie.
les accessoires de coiffure
Pour mieux saisir l’étendue de ces traditions, voici quelques-uns des accessoires emblématiques :
- Gache : postiche monumental, apanage des femmes riches et des gisaeng, interdit pour son extravagance.
- Jokduri : petit chapeau cérémoniel, inséparable du wonsam lors des grandes occasions.
- Cheopji : ornement prisé au sein du palais, réservé aux femmes de haut rang.
- Daenggi : ruban aux couleurs vives, porté par les jeunes femmes célibataires.
- Binyeo et Dwikkoji : épingles raffinées, essentielles pour fixer les chignons traditionnels.
les chapeaux traditionnels
Les coiffures s’accompagnaient volontiers de couvre-chefs, dont la variété reflétait la diversité des usages :
- Jang ot : voile élégant, destiné aux femmes.
- Neoul : chapeau associé au jeonmo, portée dans certaines circonstances précises.
- Jeonmo : coiffure distinctive des gisaeng.
- Nambawi : protection contre le froid, portée par tous, hommes comme femmes.
- Jobawi : réservé à l’aristocratie féminine.
les styles de coiffure
La diversité des coiffures elle-même témoignait de l’ordre social :
- Badukpan meori : coiffure enfantine pour les petites filles.
- Saeng meori : choix des jeunes femmes de la cour.
- Jjok/jjokjin meori : style réservé aux femmes mariées.
- Eonjun meori : signature des gisaeng.
- Eoyeo meori : coiffure exclusive à la famille royale.
Chaque accessoire, chaque manière d’attacher les cheveux racontait une histoire, celle d’une société où l’apparence n’était jamais laissée au hasard.
l’impact de la modernisation et de la culture pop
L’ouverture au monde et la montée en puissance des médias ont accéléré la mutation des coiffures coréennes. Séries télévisées, groupes de K-pop, magazines de mode : tous contribuent à façonner de nouvelles aspirations. Résultat, les coiffures se font caméléon, se réinventant sans cesse pour mieux refléter l’air du temps.
Le phénomène Hallyu, ou vague coréenne, a déferlé bien au-delà des frontières. Les looks capillaires des stars, qu’il s’agisse de coupes asymétriques, de mèches pastel ou de permanentes sophistiquées, deviennent des modèles à suivre. Les jeunes n’hésitent pas à s’approprier ces styles, créant une mosaïque de tendances où l’audace le dispute à la fidélité aux racines.
Les salons de coiffure ne sont plus de simples ateliers : ce sont des laboratoires d’innovation. Extensions, colorations pointues, coupes sur-mesure… chaque envie trouve sa réponse, portée par des coiffeurs qui scrutent les moindres évolutions venues d’Asie ou d’Occident.
Le cinéma et la télévision continuent de dicter leur loi. On l’a vu avec le retour des éléments du hanbok revisités dans les dramas, ou la popularité soudaine d’un style porté à l’écran. À chaque saison, de nouveaux repères émergent, brouillant la frontière entre héritage et modernité.
les tendances contemporaines et leur influence mondiale
La scène capillaire coréenne actuelle, c’est l’art de conjuguer passé et présent avec audace. Le style ‘Hime cut’, par exemple, puise dans l’histoire japonaise pour s’imposer comme must-have chez les jeunes férus de mode. Ce mélange d’inspiration patrimoniale et de fraîcheur contemporaine résume bien l’état d’esprit du moment.
Autre phénomène marquant : la coloration capillaire est partout. Jadis réservées à quelques occasions, les couleurs vives ou pastel s’affichent désormais au quotidien. Sous l’influence des idoles de la K-pop, chacun ose exprimer sa singularité dans la rue ou sur les réseaux.
Parmi les tendances en vogue, on retrouve :
- Les tons pastel, du rose au bleu, qui séduisent massivement les jeunes adultes.
- Les gris et argentés, synonymes d’élégance moderne, qui s’imposent peu à peu dans les salons.
Les espaces dédiés à la coiffure en Corée sont devenus de véritables centres de création, où s’expérimentent coupes asymétriques et techniques pointues comme le balayage. Les professionnels locaux inspirent désormais les stylistes du monde entier, preuve que la Corée s’est hissée en tête du peloton de la mode capillaire mondiale.
influence des plateformes numériques
Impossible d’ignorer l’impact des réseaux sociaux sur la diffusion des styles. Instagram, YouTube, TikTok : ces plateformes accélèrent la circulation des tendances, déclenchant des vagues d’imitation à l’échelle internationale. Les tutoriels et vidéos de transformation coiffure suscitent l’envie d’oser, d’expérimenter, de sortir des sentiers battus. L’inventivité ne connaît plus de frontières, et chaque smartphone devient la vitrine d’un style en perpétuelle mutation.
Cette capacité singulière à conjuguer respect des traditions et goût du neuf propulse la Corée du Sud au cœur du jeu mondial de la mode capillaire. Dans les rues de Séoul ou à l’autre bout du globe, les coupes coréennes continuent de tracer leur route, entre héritage assumé et désir d’inventer la suite. Qui sait quel style marquera la prochaine génération ?


